La Bête du Gévaudan et ses mystères...
La mort brutale d'une fillette de quatorze ans le 30 juin 1764 à Saint-Etienne-de-Lugdarès en Ardèche marque le début officiel des attaques de la fameuse Bête du Gévaudan, mais celle-ci sévissait déjà depuis trois mois. Si cette lutte entre l'homme et la Bête reste aujourd'hui à la fois si connue et si mystérieuse, c'est pour de multiples raisons :
– à cause de la documentation tout à fait exceptionnelle que les événements ont suscitée (correspondance administrative, rapports officiels ou privés, compte rendu des curés des paroisses concernées...),
– à cause de la complexité et de la rudesse du paysage (gorges, vallées profondes, tourbières et marécages, forêts touffues en lisière des champs...), rendant difficiles les déplacements des chasseurs mais facilitant les attaques et les replis des loups,
– à cause de l'ampleur médiatique sans précédent de l'affaire. La presse s'était développée et n'avait plus ni guerre ni famine ni peste à se mettre sous la dent. La Bête tombait donc à pic. « Le Courrier d'Avignon » s'empare de l'histoire en novembre 1764, « La Gazette de France » reprend les informations trois jours plus tard, imitée bientôt par des journaux hollandais, allemands puis anglais (qui poursuivront de leurs sarcasmes un Etat français incapable de venir à bout d'un loup...).
La Bête du Gévaudan et ses rebondissements...
La succession des attaques de l'animal permet de rédiger les articles au rythme d'un feuilleton et de répandre largement l'histoire. De moins jusqu'à ce que, en septembre 1765, le garde-chasse de Louis XIV ramène à Versailles le loup géant qu'il avait tué. Malheureusement pour les populations de la Margeride, les agressions vont reprendre, mais les journaux n'en feront plus état. Pas question pour eux de se mettre dans un mauvais pas face à un pouvoir royal qui avait assuré que l'affaire était close ; un silence qui va contribuer, quelques décennies ou siècles plus tard, à conforter l'idée qu'un mystère effrayant avait été dissimulé.
N'en déplaise aux amateurs de fantastique, la Bête du Gévaudan n'était ni un lion, ni une hyène, ni un assassin, ni un animal chimérique, mais bien un loup. Et, comme le prouve aisément la cartographie et le calendrier des agressions, elle n'était pas « une » mais « deux » au moins. Ces loups étaient d'une taille exceptionnelle, chacun pourvu d'une femelle et de jeunes. Si des centaines de loups vivaient en Margeride, ils attaquaient rarement l'homme, sauf s'ils y avaient pris goût pour en avoir mangé un.
En 1764-1765, deux larges foyers d'agressions peuvent se dessiner et les battues n'aboutissent pas. Lorsque le garde-chasse de Louis XIV, François Antoine, arrive à l'été 1765, il lui faut trois mois pour abattre un loup géant, un mois de plus pour tuer la louve et les louveteaux survivants, qui sont « déjà plus gros que leur mère ». Mais à peine est-il reparti pour Versailles que les attaques reprennent, plus au nord, et se poursuivent pendant dix-huit mois, jusqu'en juin 1767, date à laquelle Jean Chastel abat, après une traque menée par 300 chasseurs, un second grand loup ; sa femelle est tuée une semaine plus tard.
Le bilan ? Plus de 200 victimes au total, selon l'historien Jean-Marc Mauriceau, qui a collecté toutes les sources. Et une légende qui commence à naître à cause de l'excès d'informations puis du silence total des médias naissants...
Le monstre du Loch Ness
Le Loch Ness ? C'est un lac d'eau douce en plein c½ur de l'Ecosse. S'il n'y avait rien d'autre à en dire, il ne serait connu que des autochtones et des rares touristes. Mais l'existence supposée d'un monstre en son fond a donné une notoriété inégalée à ce grand lac (42 km de long, le plus grand plan d'eau de toute la Grande-Bretagne).
Il y a bien longtemps que Nessie (le petit nom familier donné au monstre inconnu) fait parler d'elle. Saint Colomban l'évoque en 565, des chroniqueurs décrivent de temps à autres ses apparitions au cours des siècles – jusqu'aux années 1930, car la construction d'une route en bordure du lac permet aux curieux, et par conséquent aux témoignages, d'être plus nombreux.
Le premier article sur le sujet date de 1933, la première photo aussi (prise par Hugh Gray, celle de Wilson de 1934 n'était qu'un canular). Depuis cette date, pêcheurs, nageurs et scientifiques ont tenté en vain d'attraper le monstre ou son image.
Mais les technologies, qu'elles soient archaïques (fil et hameçon) ou de pointe (sonars ou caméras sous-marines, dans des eaux particulièrement troubles et au-dessus d'un fond très accidenté) n'ont jamais pu confirmer ou infirmer quoi que ce soit.
On dit quand même que quelques verres de whisky écossais amélioreraient la vision et permettraient de mieux voir l'animal...
Le Yéti et autres créatures velues
Les légendes népalaises décrivent le Yéti (migou au Tibet) comme un primate semblable à l'homme mais recouvert de poils comme un singe. Hergé nous dessine un sympathique yéti dans Tintin au Tibet. En 1951, l'expédition Shipton sur l'Everest rapporte des photos de ses empreintes de pas. En 1980, une expédition scientifique chinoise traque pendant plusieurs semaines des « hommes poilus sauvages » de deux mètres, entièrement recouverts de longs poils roux, sur les hauts plateaux du Shen Nung Jia (2 000 mètres d'altitude, des pics de 3 000 mètres, le tout couvert d'une forêt primaire se prêtant tout à fait à la survie d'espèces rares). En 1986, l'alpiniste Reinhold Messner aperçoit dans une vallée de l'Himalaya un être qui ressemble au Yéti des contes. Alors, le Yéti, mythe ou réalité ?
Sans doute une réalité. Car on constate en Chine des naissances (fort rares mais régulières) de bébés recouverts de poils noirs. Le dernier cas remonte à 1985 dans le Jiangsu. Ils sont désormais photographiés et ce système pileux excessif a pris le nom savant d'hypertrichose, une caractéristique qui est héréditaire, même si elle ne se transmet pas systématiquement. De nombreux cas sont attestés au cours des siècles et rendent probable l'existence d'hommes velus.
Charles-Quint demanda ainsi qu'on lui amène une famille découverte aux îles Canaries : un père et ses deux filles, couverts de pelage.
Le fameux Lionel, « homme lion » exhibé par le cirque Barnum jusqu'à sa mort en 1930, était un Russe du nom de Stéphane Bibrowsky, né velu en 1890 et acheté dans son jeune âge par un Allemand. Celui-ci l'envoya à l'école et lui apprit les langues étrangères... pour mieux le montrer dans toute l'Europe et le céder à Barnum l'année de ses onze ans.
Quant à l'émouvante Juliana Pastrana, la « femme gorille », couverte de poils noirs et abandonnée en 1836 dans les gorges de la Sierra Madre au Mexique alors qu'elle avait environ deux ans, elle se passionnait pour la littérature et les études. Mais un dénommé Théodore Lenz la persuada de se produire en Europe. Comme elle souffrait d'être exhibée, il l'épousa... pour mieux la montrer. Elle mourut en couche en 1860 et son mari indigne la fit empailler.
Le cas le plus fameux (et qui rend crédible l'hypothèse de petits groupes d'hommes velus vivant en clans) reste cependant celui des « hirsutes de Birmanie » : un grand-père, sa fille et son petit-fils, entièrement recouverts, sauf sur les paumes et les plantes de pieds, de longs poils gris, longs de quinze centimètres et doux comme de la soie. Photographiés en Birmanie en 1875, ils furent emmenés en France où ils constituèrent l'attraction la plus formidable de l'exposition de Paris de 1889, avant d'être montrés dans toute l'Europe. Le grand-père avait eu, d'une épouse normale, quatre enfants dont seule la dernière, Malphoon, lui ressemblait. À la génération suivante, seul le second fils se retrouva « velu ». Et le Yéti dans tout ça ? Peut-être un lointain cousin...